Ils devaient partir en vacances avec nous. Tout était réglé. Le lieu de villégiature, les trajets, la location du bungalow, les visites… seule la météo n’avait pas pu être programmée, mais nous espérions une belle quinzaine pour cette fin d’été.
L’orage a éclaté quelques jours avant le départ, et de malentendus en accusations, la tempête a dévasté la bonne entente, effacé le projet commun.
Quel orage ? Quelle tempête ? Il n’était pas question d’un épisode météorologique, ni d’une quelconque embrouille, mais d’un délit d’initié. Car comment dire qu’on ne veut plus partir lorsque l’on perçoit quelque chose d’indicible ?
Trouver un prétexte pour rester chez soi, en espérant que l’on s’est trompé, que cette prémonition n’est qu’un mauvais rêve qui gâche la fête. Et tenter de conjurer le sort en précipitant la date du retour d’une journée.
Ainsi sommes-nous partis à deux pour ce voyage réservé pour quatre. Un départ triste malgré un soleil radieux et une mer d’huile.
Dès notre arrivée, nous aurions dû être avertis que ce n’était pas qu’un pressentiment : La publicité du centre de vacances avait caché que malgré ses dimensions, le bungalow était plus adapté pour deux que pour quatre, une chambre étant trop étroite pour les claustrophobes ou les vacanciers épris d’espaces. Le camping était idéalement situé en bordure de mer, sa piscine jouxtant la plage de sable fin. La brochure n’avait pas mentionné non plus les nombreux avis « zone inondable. En cas d’orage, se réfugier sur les hauteurs ou rejoindre les aires de regroupement pour être évacué », et que le GPS y afficherait une altitude inférieure à 1 mètre. Facile de fuir… quand on voit les premiers reliefs se profiler au loin, à quelques kilomètres.
Pourtant, nous avons profité des vacances, des animations, des plages, de vestiges du passé, des villages de montagne, des panoramas, des curiosités touristiques. En songeant quotidiennement à la chance d’avoir un soleil radieux.
Le retour sur une mer agitée n’a pas terni les belles images emmagasinées pendant la quinzaine. Mais à peine avions-nous débarqué que les nouvelles alarmantes d’une catastrophe nous télescopaient : le lieu de vacances était sous les flots en furie, le camping évacué ; les villas en bordure de plage vomissaient leur mobilier gorgé d’eau ; la route empruntée la veille était coupée par des glissements de terrain. La journée de plus au bungalow nous aurait précipités dans ce cataclysme, dans l’effroi de périr noyés, écrasés par les rochers, ou bloqués dans un ferry en perdition.
La décision d’écourter le séjour d’une journée était judicieuse, mais fallait-il aller jusqu’à renoncer à ces vacances ? Pour oublier les tempêtes, un p’tit verre à la santé de tous ?