J’attendais paresseusement la pluie, pour qu’elle débarrasse la voiture de la poussière accumulée depuis des semaines. Mais le beau temps persiste, accroché aux rares nuages qui, langoureux, glissent sur l’horizon provençal.
Alors je m’arrête à une station de lavage pour laisser œuvrer la machine géante. Les quatre portiques occupés, je la joue fine : j’observe les voitures ; l’une est si sale que le lavage vient certainement de commencer. Une autre est pleine de shampoing, une encore sous les rouleaux. La dernière est propre, et l’engin projette un petit crachin que j’identifie à la cire de finition. Avec autorité je me gare derrière, ravi de mon analyse qui va me faire gagner du temps.
LA boulette !
Méprise sur le produit. La pluie fine est un produit de prélavage puissant. Il faudra attendre le retour pour que les jets efficaces s’attaquent au châssis ; puis un chassé-croisé de mousse active enneige la carrosserie. Les rouleaux s’activent en un lent va et vient avant qu’un rinçage pousse le savon dans l’égout central.
Ça sent la fin ? que nenni ! Le gars remet une couche de mousse active, également ponctuée par un rinçage à l’eau osmosée.
C’est tout ? Ben non, tiens ! Il est temps de vaporiser la cire de finition. Lent aller-retour.
Enfin, un souffle monstrueux titille les gouttes qui filent sur la peinture, fuyant l’haleine puissante du monstre.
Le robot s’arrête enfin, et un feu vert s’allume. Le conducteur de la voiture entre tranquillement dans son véhicule, attentif à ne pas souiller son plancher ; puis il libère enfin la place.
Lorsque j’accède à la machine, tous ceux qui sont arrivés après moi sont repartis depuis longtemps, propres.
A vouloir jouer fin, je me suis bien énervé.