Une nouvelle excursion à Marseille. Bien en avance sur l’heure de rendez-vous, nous décidons se suivre la GPS qui aime passe par le vieux port. Et cette fois, elle décide de l’éviter. Avait-elle remarqué le vent froid qui nous ferait retourner bien vite à la voiture ? Mais elle n’a pas vu les trois soles invendues de la marchande de poissons, les bateaux qui tanguaient doucement sous le mistral glacial.
Nous entrons dans la clinique, où l’accueil est déjà subm
ergé de patients. Donc… nous patientons. Et l’organisation nous laisse pantois : une hôtesse tout de vert vêtue m’invite à rejoindre son groupe. Un petit tour d’ascenseur, et je me mêle aux touristes assis dans une salle de transit. Pour le folklore, je pose ma veste et enfile une petite soutane blanche, ainsi qu’une charlotte. Le déguisement s’achève par un sparadrap sur le front marqué d’une flèche indiquant mon œil droit, et une étiquette portant mon nom collée sur mon buste (normal, ainsi affublé, qui me reconnaîtrait ?).
Un petit apéro vite servi dans le globe oculaire (donc gratos, puisque à l’œil), et j’attends d’être appelé pour le spectacle de l’après-midi. Le personnel de la clinique, masqué, explique à chacun l’organisation de la fête. Avec l’accent méridional, ça ressemble à du Pagnol: «Appuyez-vous sur moi, peuchère », « oh fan, où est donc votre canne ? »… je comprends que les habitués se sont déjà déguisés en vieillards, la plupart portant des accessoires comme ces petites boîtes contenant je ne sais quelle potion magique.
À tour de rôle nous changeons de chaise dès qu’une place se libère par le départ d’un participant. Un jeu distrayant où il faut s’appliquer à prendre la bonne place en évitant de se la faire piquer par le voisin.
À propos de piquer, j’ai facilement gagné ma place en finale, et j’ai été conduit dans une salle où j’ai été invité à m’allonger sur un lit douillet, au soleil (appelé ici « scialytique ») . Quelques courts tripatouillages sur l’œil ingénieusement gardé ouvert par une éclisse, la main serrée par une organisatrice, et j’ai échoué au dernier test, n’ayant pas reconnu l’as des as caché derrière sa minuscule seringue. Je l’avais pourtant à l’œil, mais j’ai été ébloui au dernier moment.
Une hôtesse m’a raccompagné dans la première salle, dévêtu et offert une légère collation avec deux amuse-gueules (nommés doliprane par les initiés). J’ai repris ma veste les yeux encore pleins du ravissement de cette fête.
Et qui m’attendait à la sortie ?