Nous faisons de la gymnastique deux fois par semaine. Non, non, pas quelques abdos arrêtés dès ça tire un peu, de la vraie gym, avec un prof… une prof pour être précis. Les étirements, exercices d’équilibre, séries d’abdos et jeux de coordination m’ont fait beaucoup progresser, mais je crains qu’une bonne partie de mes douleurs en soient issues.
Mais là n’est pas le sujet. La prof donc, nous a convié à un test de notre masse corporelle/masse graisseuse/âge de notre corps. Le but est de mieux se connaître et de faire éventuellement attention à notre alimentation. C’est gratuit, et nous avons un peu de temps, alors pourquoi refuser cette petite sortie sous le mistral glacial, quand nous pourrions lire tranquillement auprès de la cheminée ?
Le test est simple : une petite fiche à remplir (âge, taille, poids, habitudes alimentaires) suivie d’une pesée tout habillé mais pied nus. Nous sommes une dizaine, et les examens sont vite passés. Une réunion est aussitôt mise en place, afin de donner à chacun ses résultats, des explications et des conseils. Une fiche à mon nom m’est donnée, sur laquelle figurent quelques colonnes remplies de chiffres.
Sur un écran, une animatrice explique les données de chaque colonne, et les déductions qui s’imposent (manques, excès ou niveaux corrects). J’apprends avec plaisir que l’âge de mon corps est plus jeune de 7 ans que mon âge réel, mais les colonnes suivantes me sont moins favorables. Je suis trop gras. Dans la dernière colonne, la juge m’a octroyé une note de 2 sur 7, qui correspond à l’obésité. Une claque dans le pif ne m’aurait pas plus secoué.
Me voilà KO assis !
Brusquement, me voici gros, énorme comme ces américains qui sortent des fastfood, leurs larges fesses moulées dans des pantalons toujours trop étroits, la bedaine s’échappant de leur chemise. Derrière moi, la procureure insiste : « Vous voyez, on ne croirait pas, hein ? Vous avez de mauvaises graisses ». Ainsi, toute l’assemblée sait que je suis coupable, que j’ai de mauvais penchants. J’ai honte, je n’ose plus bouger. Les explications sur les habitudes alimentaires me paraissent interminables, et m’enfoncent de plus en plus. La proc insiste : « Mangeur insatiable de fromages, dévoreur de chips, amateur de mayonnaise, grignoteur vorace de chocolat, avaleur boulimique de bâtons glacés… ». J’ai envie de fuir. Mais je suis coincé là, sur mon banc de prévenu où l’on m’observe, et je me fais le plus petit possible.
Puis une avocate propose un stage de réinsertion de quelques semaines et donne des explications sur les produits Herbaflore, qui ont une action salutaire sur les organismes des délinquants de la mal bouffe. Il n‘y a pas de remise de peine, mais une mise à l’épreuve de deux mois et demi, encadrée par des diététiciennes de la société sus-nommée.
L’audience est enfin levée. Je suis libre de m’en aller dans la tourmente glacée pour rentrer à la maison… le moral en berne.