Cela m'a pris d'un coup ! Comme une crise de paludisme, mais pas malade. Le garage, peinard à l'écart de la maison, devait être rangé. A chaque visite inopinée le même constat : la pagaille. Et celui de Truc, si propre, si bien rangé. Et celui de Machin, on pourrait manger dedans. Et cet autre de Bidule, où rien ne dépasse, où rien ne traîne. Des arguments qui s'accomodent mal avec ma vision des choses. S'ils sont si maniaques, ces Truc, Bidule et Machin, c'est leur affaire; qu'ils restent dans leurs beaux garages et cessent de tenter de me faire honte. Car ce foutoir, c'est le mien, ce n'est pas un salon, et je m'y retrouve aisément. Certes, un peu d'ordre ne ferait pas de mal, mais de là à le maintenir en permanence impeccable il y a un pas que je ne franchirai pas. Ce petit coin où mon côté bordelique s'exprime peu à peu n'est à la vue de personne, et celui qui y pénètre n'a qu'à y voir qu'un garage. D'ailleurs, lui et moi nous entendons très bien.
- Je te pose le tas de cartons dans ce coin ?.
- OK répond-il, toujours prêt à faire une petite place entre le pulvérisateur et la brouette..
Et à l'inverse :
- Que cherches-tu ? s'enquiert-il en me voyant entrer les mains vides.
- Un tounevis cruciforme et un crayon.
- Le tournevis est à sa place, dans la petite armoire, et le crayon sur l'établi et sous les disques abrasifs que tu as ramenés de la maison.
Et voilà, hier j'ai craqué et j'ai rangé. Et je suis bien conscient qu'il me faudra un peu de temps et d'énervement pour retrouver cet outil que j'ai vu mille fois sous les vieux chiffons et dont quelqu'un a dû se servir sans le remettre à sa place.